Comment est imposée la succession franco-espagnole en France ?

Cet article expose les règles applicables du point de vue de l’imposition en France.

Fiscalité successorale en Espagne  Succession en Espagne  Testament en Espagne
Successions et héritages

Sènakpon Gbassi

23 décembre 2025

Lorsqu’une succession présente des liens à la fois avec la France et l’Espagne, l’imposition en France dépend de plusieurs critères :

  • la résidence fiscale du défunt,
  • la résidence fiscale des héritiers,
  • la nature et la localisation des biens transmis.

La fiscalité applicable résulte de l’articulation entre le droit fiscal français et la convention fiscale franco-espagnole du 8 janvier 1963, destinée à éviter les doubles impositions.

Le rôle de la convention fiscale franco-espagnole

La convention fiscale franco-espagnole répartit le pouvoir d’imposition entre les deux États selon :

  • la nature des biens,
  • leur localisation,
  • le domicile fiscal du défunt.

Les articles 30, 34 et 36 sont déterminants pour la fiscalité successorale.

Succession d’un défunt domicilié en Espagne

Biens immobiliers

Conformément à l’article 30 de la convention, les biens immobiliers sont imposés dans l’État où ils sont situés. Les immeubles situés en Espagne ne sont donc pas imposés en France.

Actifs financiers

Selon l’article 34, les actifs financiers sont imposés dans l’État du dernier domicile fiscal du défunt. Ils relèvent alors de l’imposition espagnole et échappent à l’impôt français, sous réserve de l’application correcte de la convention.

Succession d’un défunt domicilié fiscalement en France

Principe de l’article 36 de la convention

Chaque État peut calculer l’impôt sur les biens relevant de sa compétence en tenant compte de l’ensemble du patrimoine mondial afin de déterminer le taux applicable. Ce mécanisme est repris en droit français par l’article 750 ter, 1° du Code général des impôts.

Exclusion des immeubles situés en Espagne

Les immeubles situés en Espagne ne sont pas imposés en France. Toutefois, leur valeur peut être prise en compte pour déterminer le taux d’imposition applicable aux biens imposables en France, selon le mécanisme du taux effectif.
Cette solution a été confirmée par la jurisprudence, notamment par un arrêt de la cour d’appel de Pau du 17 juin 2015.

Le mécanisme du taux effectif en France

Principe

Le taux effectif permet de déterminer un taux d’imposition tenant compte de l’ensemble du patrimoine successoral, tout en n’imposant effectivement que les biens relevant de la compétence fiscale française.

Méthode de calcul

Le calcul s’effectue en plusieurs étapes :

  • détermination de l’actif net mondial de la succession,
  • détermination de la part revenant à chaque héritier avant abattements,
  • calcul de l’impôt théorique en France après abattements,
  • détermination du taux effectif par rapport à la part brute de l’héritier,
  • application de ce taux uniquement aux biens imposables en France.

Effets pratiques

Ce mécanisme peut entraîner une imposition plus élevée sur les biens français, sans constituer une double imposition au sens juridique.

Héritier domicilié fiscalement en France recevant des biens situés en Espagne

Principe du droit interne français

En vertu de l’article 750 ter, 3° du Code général des impôts, un héritier domicilié fiscalement en France peut être imposé sur les biens situés à l’étranger qu’il reçoit, à condition d’avoir été domicilié en France pendant au moins six années au cours des dix années précédant la transmission.

Limitation par la convention fiscale

En présence d’une convention fiscale internationale, celle-ci prime sur le droit interne français. Entre la France et l’Espagne, ce sont les articles 30 et 34 de la convention du 8 janvier 1963 qui s’appliquent, excluant l’imposition en France de certains biens situés en Espagne.

Points de vigilance

L’imposition en France d’une succession franco-espagnole nécessite une analyse précise prenant en compte :

  • la résidence fiscale du défunt,
  • la résidence fiscale des héritiers,
  • la nature et la localisation des biens,
  • l’articulation entre droit interne et convention fiscale.

Une lecture isolée du Code général des impôts peut conduire à des erreurs d’analyse.

Pour aller plus loin

Pour une approche coordonnée des dimensions civiles et fiscales, vous pouvez consulter :

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